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Maya Angelou, la réussite au féminin ! Partie 1/3

« Je suis une femme phénoménale. La femme phénoménale, c’est moi ! » C’est ce que clame fièrement Maya Angelou dans son célèbre poème « Phenomenal Woman. » Prétentieuse ? À peine en vrai. Cette femme est vraiment phénoménale et c’est Michelle Obama elle-même qui le réaffirme lors du décès de Maya Angelou en mai 2014. Si en France elle est peu connu, aux États-Unis elle compte comme une écrivaine incontournable. Sa biographe, Linda Wagner-Martin écrit que « tout livre publié avec le nom de Maya Angelou se vend à des centaines de millions d’exemplaires. Presque tous les livres sont traduits en trente langues ou plus. » Elle cumule les nominations pour des prix littéraires comme le prix Pulitzer. Elle est également récompensée par diverses organisations, notamment humanitaires et musicales, obtenant par exemple trois Grammys pour sa collaboration à un album de rap. Elle fréquente assidûment les plateaux TV, participe à de nombreuses conférences sur les droits de l’homme et apparaît régulièrement dans des émissions et des films. Tu as pu notamment la voir dans des films comme Racines et Poetic Justice aux côtés de Tupac et de Janette Jackson. Tu l’auras compris, sa notoriété dépasse le domaine strictement littéraire. Elle va jusqu’à l’inscrire dans l’histoire des États-Unis, après sa participation à l’investiture du président Bill Clinton le 20 janvier 1993. Maya Angelou récite en ce jour devant l’Amérique entière son poème « On the Pulse of Morning » et devient de ce fait à la fois la première femme et la première personne de la communauté afro-américaine à participer à une investiture présidentielle aux États-Unis. Et pour couronner le tout, elle a été décorée de la Médaille Présidentielle par Barack Obama en 2010. Impressionnant, non ? Attends ce n’est que le début, car ce qui est vraiment phénoménale chez cette femme, ce n’est pas son succès, mais la manière dont elle le construit. Pour cela je te propose une série de trois articles (clique ici pour les lire) qui t’expliquent ce destin hors norme. Dans ce premier article, je vais te raconter l’histoire de cette femme si phénoménale !

« Comment, née noire dans un pays de Blancs, pauvre dans une société où la richesse est admirée et recherchée à tout prix, femme dans un environnement où seuls de grands navires et quelques locomotives sont désignés favorablement par l’emploi du pronom féminin, comment suis-je devenue Maya Angelou? » (Maya Angelou, Lady B., Buchet-Chastel, Paris, 2014.)

Une vraie self-made-woman

Si l’Amérique aime autant Maya Angelou, c’est surtout parce que son destin vient confirmer ce bon vieux American Dream. Tout commence à Saint-Louis, ville du Missouri, où la célèbre écrivaine, de son vrai nom Marguerite Annie Johnson, naît le 4 avril 1928. Elle est le second enfant de Bailey Johnson, portier dans un hôtel, et de Vivian Baxter, infirmière de profession. Après le divorce tumultueux de ses parents, son enfance devient un va-et-vient constant entre sa grand-mère paternelle, Annie Henderson, son père et sa mère. Elle grandit principalement avec son frère Bailey sous le ciel poussiéreux de Stamps, en Arkansas, auprès de sa grand-mère et de son oncle Willy, dans le Sud ségrégationniste. Elle mène une existence paisible, rythmée par les corvées dans la boutique de sa grand-mère et les visites à l’église, ainsi que les lectures et jeux d’enfants. Toutefois, ses jeunes années sont troublées par un épisode traumatique. Âgée de sept ans, elle est violée par le compagnon de sa mère. Cet événement, puis le procès et le meurtre du violeur qui vont s’ensuivre entraînent cinq années de mutisme chez la fillette. En dépit de cette expérience douloureuse, Maya Angelou a un parcours scolaire brillant et sort diplômée du lycée. Elle ne poursuit cependant pas ses études, puisqu’elle tombe enceinte. À dix-sept ans, elle donne naissance à Clyde Johnson, qui prend plus tard le prénom de Guy. Désormais mère célibataire, elle doit subvenir seule aux besoins de son fils, et enchaîne alors les petits boulots. Elle a été successivement : conductrice de tramway, commis de cuisine, cuisinière, femme de ménage, prostituée, proxénète à l’occasion, vendeuse dans une boutique de musique, danseuse, actrice, chanteuse, coordinatrice du Nord des fonds de l’association de Martin Luther King, la SCLC (Southern Christian Leadership Conference), journaliste, assistante administrative, écrivain, cinéaste et professeur à l’Université de Wake Forest.

Comme tu le vois, sa vie se caractérise par ses multiples rebondissements. Elle effectue une spectaculaire ascension sociale digne d’un self-made-man. Mais entre la jeune Marguerite Johnson et la célèbre Maya Angelou, il s’agit moins d’un écart qui se creuse, qu’une continuité, dans la mesure où c’est cette vie riche en expériences qui va lui donner la matière de son œuvre d’écrivain.

Lorsque Maya Angelou commence à écrire son autobiographie, à la fin des années 1960, c’est une femme de quarante ans qui a déjà un long parcours. Elle a sillonné les États-Unis, d’Hawaï à New-York, a habité en Égypte et au Ghana et a fait le tour des plus grandes villes européennes. De ces voyages, elle rentre avec un bagage linguistique impressionnant puisqu’elle parle le fanti, l’espagnol, le français, l’arabe et l’italien. De plus, ses pérégrinations ont également été l’occasion pour elle de multiplier les rencontres. Membre de la Guilde des Écrivains de Harlem, groupe d’entre-aide d’écrivains afro-américains, Maya Angelou évolue dans un milieu politisé et artistique. Elle a donc au cours de sa vie côtoyé quelques grandes figures comme par exemple Martin Luther King, Malcolm X ou W. E. B. Du Bois. Elle s’est également engagée dans les mouvements anti-racistes qui prennent de l’ampleur aux États-Unis à la fin des années 1950. Ainsi, ce n’est pas un hasard si c’est une autobiographie que la maison d’édition Random House lui demande, sur la recommandation de James Baldwin. Ce dernier, écrivain réputé, considère que les souvenirs de son amie méritent d’être partagés, et surtout que Maya a un don pour raconter les histoires.

Sur le devant de la scène

La premier livre publié de Maya Angelou est I Know Why the Caged Bird Sings, ou Je sais pourquoi l’oiseau en cage chante, en 1969. Avant ça, elle avait déjà écrit : des chansons, des scénarios, des nouvelles et des pièces de théâtre, mais dans un anonymat complet. Elle se considère comme une « amatrice » selon ses propres termes. Mais cet autobiographie qu’elle écrit la propulse immédiatement sous les projecteurs. C’est un véritable succès. Il cumule les récompenses, est traduit dans treize langues différentes et, dans les années 1980, est intégré au programme scolaire des États-Unis. Parmi les plus grands admirateurs du livre, on peut citer par exemple le couple Clinton, Oprah Winfrey ou l’actrice Alfre Woodard. Alors, après cette autobiographie, la carrière d’écrivain de Maya est lancée. Je sais pourquoi l’oiseau en cage chante sera suivi de nombreux autres textes : recueil de poème, livre pour enfant, livre de recette, essaie… Maya Angelou est une touche à tout. Mais, elle se consacre surtout à l’écriture d’autobiographie. Elle en écrit six au total, avec la première qui raconte son enfance à Stamps puis les suivantes où elle détaille les hauts et les bas de sa vie de mère célibataire. Ce choix s’explique par la démarche militante qui accompagne son geste d’écriture.

Maya Angelou commence à écrire son autobiographie au lendemain de la mort de Martin Luther King. Cette mort qui suit celle de Malcolm X, la désespère autant comme amie des deux hommes que comme Afro-américaine. Avec eux, la communauté afro-américaine perd ses deux grands leaders dans la lutte contre la ségrégation raciale aux États-Unis. Chacun à leur manière, ils ont porté la parole des Afro-américains. Bien qu’ils aient impulsés une mobilisation sans précédent, l’historien politique Howard Zinn affirme qu’à leur mort « un faisceau de preuves démontrait que, malgré toutes les lois sur les droits civiques désormais en vigueur, les tribunaux ne protégeaient jamais les Noirs contre la violence et l’injustice. » Émeutes dans les ghettos, chômage, logements insalubres, criminalité, drogue et violence… : la lutte pour les droits civiques est loin d’être terminé. Maya Angelou écrit donc dans l’idée de continuer le combat commencé par ses défunts amis.

« Je suis tous ces gens qui ont été opprimés, qui ont été asservis et assassinés, et qui ont été victimes de discrimination. Et c’est donc ce que je suis. Alors, quand j’écris, je suis obligée d’écrire à propos de ce que je suis. Et cela signifie que je suis obligée d’en parler. L’écrivain blanc ressent parfois l’envie ça et là, de parler des nuages, du ciel, de l’ondulation de la première herbe, j’écris à propos de ça aussi. Mais quand je suis vraiment à mon poste […], je dois prendre ma hache. »

L’héroïne de sa vie

Toni Morrison, Alice Walker, Rita Dove, Louise Erdrich, Amy Tan, Sandra Cisneros… Maya Angelou figure en tête de cette longue liste d’écrivaines afro-américaines. Elles forment “la communauté des femmes noires écrivant”, comme on les surnomme dans les années 1970/1980. Chacun de leurs textes, parce qu’ils racontent des vécus de femmes noires aux États-Unis, ont contribué à les rendre visibles. La spécificité de leur expérience est mise en lumière. Plus particulièrement le fait qu’elles se trouvent à l’intersection de deux discriminations : la race et le sexe. Ou plus connu sous le doux nom d’intersectionnalité, une théorie de Kimberlé Crenshaw, essentielle pour comprendre l’afro-feminisme (que j’explique dans cet article). Mais l’interprétation que Maya Angelou donne à cette théorie à travers l’histoire de sa vie, est la confirmation qu’être une femme noire entraine certes des obstacles, mais qu’aucun d’eux ne sont insurmontables. Dans son style poétique, elle partage dans chacun de ses textes des observations inspirantes et des expériences riches en enseignements. Ne s’est-elle pas relevée d’un viol, du mutisme, de la pauvreté, de l’abandon de ses parents, de petit-ami violent et bien d’autres difficultés ? 

Alors, si une chose est sûre, c’est que rien ne lui est impossible, répète-elle avec optimisme encore et encore tout au long de sa vie : « Tu as droit d’avoir des échecs, mais tu n’as pas le droit de t’avouer vaincu. » Maya Angelou s’est donc imposée comme un modèle de réussite et de courage pour la communauté afro-américaine et bien au-delà. Elle est une précieuse source d’inspiration qui gagne à être connu, si tu fais le choix comme elle d’être une femme phénoménale. 

Clique ici, si tu veux enchaîner avec la partie 2.

Écrivaine et Conceptrice du site.

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