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En mode Divas à fond !

Gros coup de cœur pour Divas ! La couverture m’a alpagué direct, parce qu’entre nous, les magazines où l’on me conseille du rouge à lèvres rose et du fond de teint beige sablé pour faire un nude… Comment te dire que je me sens un brin exclu ? Par contre, j’ai tout de même hésité devant la couverture. Il va falloir m’expliquer pourquoi les magazines de mode mettent systématiquement  les Noir(e)s en scène dans un cadre africanisant. Ça contribue à associer les cultures non blanches à l’exotisme. Mais dans ce cas de figure, la mise en scène est justifiée puisque ce numéro est dédié au fait d’« assumer son africanité. » Alors l’afro démésurée, la tunique en wax et le collier de cori étaient indispensables et l’effet est vraiment réussi. 

Du coup, je me suis lancée dans la lecture de Divas. Contrairement à mon habitude avec les magazines, je ne l’ai pas juste feuilleté distraitement, je l’ai sérieusement lu. Le contenu est vraiment de qualité. Pas d’hypocrisie ici. Je n’ai rien contre les magazines féminins. C’est toujours agréable pour passer le temps et j’y pioche quelques bons conseils. Mais leur manque d’honnêteté m’agace. Ils nous ordonnent de ne pas d’être le genre de femme à ne penser qu’au maquillage, au shopping et au régime, tout en remplissant quasi exclusivement leurs pages de mannequins filiformes, de recettes de régimes et de techniques de maquillage… Il y a rien de mal là-dedans, mais juste assumer-le clairement. Écrivez en gros et en gras : ces pages sont consacrés au culte d’un type de beauté et d’apparence.

Or, avec Divas, je n’ai rien à redire à ce sujet. La composition de ce numéro laisse plus de place à des articles sur les actions concrètes menées pour améliorer la situation des femmes en Afrique, que sur la mode et la beauté (sur ce chapitre je suis même restée sur ma faim). Je dirai même que les  journalistes joignent avec talent l’utile à l’agréable. Ici et là, on rencontre une styliste mise en avant, à cause de son utilisation détonante des couvertures basotho (tissu en laine imprimée sud-africain). Pareil pour une décoratrice qui présente des intérieurs avec des oreillers en wax et des masques sculptés en bois, ainsi qu’une myriade d’artistes qui réemploient leur héritage africain. Même le couple Beyoncé&Jay-Z est analysé sous cet angle. L’approche est clairement militante et tu t’en doute je dis bravo. On présente toujours le continent dans les médias comme un lieu où règne la misère et la famine. Mais dans ce magazine, c’est un tout autre registre. On y découvre des Africaines qui se sauvent elle-même. La promesse de la rédactrice en chef est donc tenue. Elle parle de s’affirmer pleinement, avec « zéro complexe » en tant que femme noire et c’est réellement ce que l’on ressent à la lecture du magazine. De pages en pages, on se sent envahit par une fierté qui donne envie d’être plus noir que noir. Le même genre de fierté qu’on a lorsqu’on regarde Black Panther (j’appelle ça l’effet blackpanther). Les différentes rubriques se penchent sur chacune de mes préoccupation de femme : soins pour peaux, adresse d’une coiffeuses afro et d’un nouveau restaurant caribéen, expos à Paris, conseil de livres, films et musique… Mais je retiens surtout la galerie de portraits. Macdella Cooper, Jaha Dukureh, Denis Mukwege et bien d’autres, sont autant de nouveaux visages dont j’ai appris l’histoire. Ils luttent pour les droits des femmes sur différents fronts, dans différents pays d’Afrique. Et ça donne des idées. J’aime cet équilibre entre politique et divertissement, entre société et individualité.

Une question reste toutefois en suspens : est-ce uniquement celui-là ou tous les numéros de Divas se concentrent principalement sur l’Afrique anglophone ? C’est la première fois que je le texte. Il me plaît, mais j’aimerai bien trouver un magazine féminin qui s’intéresse aussi à la diaspora noire en France. 

Amy Tounkara

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