Où sont les femmes noires ? Pas à l’écran en 2024 également ! Il est probable qu’Aïssa Maïga en ait peu à compter cette année aussi à Cannes. Néanmoins, on a pu en voir passer quelques-unes à l’écran, et cela n’a pas empêché de voir des films traiter à l’écran des thématiques afroféministes.
En effet, entre adaptation de chefs-d’œuvre, suite de blockbusters et création originale, à la fois ambitieuse et artistique, cette année 2024 nous offre encore des films à voir et à revoir. Surtout que de plus en plus de personnages noirs apparaissent à l’écran, même dans des films historiques, pour le meilleur et pour le pire. Après notre sélection de lectures en 2024 pour une femme noire mulmane, voici la sélection des meilleurs films de 2024 pour une femme noire musulmane.
1. L’Amour Ouf, de Gilles Lellouche
Gilles Lellouche signe une romance tragique, où l’amour se heurte à la dure réalité des inégalités sociales et des violences systémiques. Si le film reprend le motif classique du « pauvre délinquant et de la belle bourgeoise », La Belle et le Clochard pour les intimes, Lellouche parvient à le réinventer avec une sensibilité contemporaine.
Le film aborde ainsi des thématiques comme les violences conjugales et les causes structurelles de la criminalité, avec un regard actuel. On sort des stéréotypes, sauf pour l’ami noir bien sûr. Les personnages noirs et la culture noire sont encore une fois utilisés comme les stigmates de la pauvreté. Un ajout qu’on ne trouve pas dans le livre dont est tiré le film. Mais, fait exceptionnel pour un film de banlieue, on aurait presque voulu que l’héroïne soit une femme noire, tant l’histoire est racontée avec humanité.
2. Le Comte de Monte-Cristo, de Matthieu Delaporte et Alexandre de La Patellière
Adapter un chef-d’œuvre littéraire est un défi. Adapter un chef-d’œuvre comme Le Comte de Monte-Cristo est un défi supplémentaire, surtout quand on connait l’histoire puissante du Comte de Monte-Cristo. Matthieu Delaporte et Alexandre de La Patellière le relèvent cependant avec éclat. Leur version modernise l’histoire d’Edmond Dantès, ce prisonnier injustement condamné qui consacre sa vie à une vengeance implacable.
Pierre Niney brille dans le rôle principal, tandis que la mise en scène somptueuse et les dialogues ciselés font de cette adaptation une œuvre à part entière, aussi captivante qu’intemporelle.
3. La Noire de…, d’Ousmane Sembène (restauration)
Bien que réalisé en 1966, La Noire de… a marqué 2024 grâce à sa restauration et sa diffusion dans le cycle Histoires d’Immigration du ciné-club Noir Cinema. Ce premier long-métrage francophone réalisé par un cinéaste sénégalais raconte l’histoire tragique d’une jeune Dakaroise qui quitte le Sénégal pour travailler comme baby-sitter en France.
C’est, en tout cas, la promesse de sa patronne lorsqu’elle l’invite à la suivre à Cannes. Mais comme beaucoup de migrants, elle rencontre une toute autre réalité sur place. Elle n’est plus que la Noire de… Filmée en noir et blanc avec une esthétique saisissante, l’œuvre permet d’entendre le monologue intérieur poignant d’une femme confrontée à l’exploitation et au racisme. Ce film fondateur du cinéma africain reste vibrant d’actualité. Il donne envie de constituer une liste de films avec des héroïnes noires et musulmanes. En attendant, il y a une liste de livres avec une autrice noire et musulmane disponible, à télécharger.
4. Histoire de Souleymane, de Boris Lojkine
L’absence d’article défini prend tout son sens dès les premières minutes du film, dans une salle d’attente pour raconter son histoire à une assistante sociale. Histoire de Souleymane est celle de nombreuses personnes, comme lui, qui ont immigré vers le prétendu eldorado européen.
Le film suit Souleymane, durant quelques jours seulement, afin de capturer son quotidien de demandeur d’asile qui pédale entre Barbès et le Sentier. L’étau se resserre et les injustices se multiplient, donnant encore une fois en spectacle la souffrance des Autres. Toujours les mêmes : les Noirs, les Arabes. Toujours la même histoire : l’immigration, la pauvreté, la violence. Toujours pour le même public : blanc. Toutefois, en dépit du sentiment d’être face à un film sur l’esclavage moderne, la capacité de Boris Lojkine à proposer un récit nuancé et poignant sur l’exil et les rêves brisés rend le film mémorable.
5. The Substance, de Coralie Fargeat
Elle est belle, riche, mais vieille et c’est là tout le problème. “Il ne sert à rien d’être jeune sans être belle et d’être belle sans être jeune” : cette maxime de La Rochefoucauld n’a pris aucune ride. Cette vision sexiste s’est même renforcée avec l’hypersexualisation des corps, devenu un argument de vente en particulier à Hollywood.
Coralie Fargeat l’a visiblement bien compris et mise en scène avec The Substance. Dans ce thriller horrifique, elle explore la thématique du corps féminin sous contrôle patriarcal. Dans un huis clos troublant entre Demi Moore et Margaret Qualley, on voit toute la laideur derrière le culte de la beauté – une beauté exclusivement blanche, jeune, mince. Corps charcuté, caché, exhibé, ainsi que haine de soi et autodestruction rythment ce quasi-film d’horreur. Il nous rappelle les pièges du discours féministe dominant. Le gore tourne, cependant, légèrement à l’exagération dans ce film qui renouvelle le cinéma féministe contemporain.
6. Dune : Partie 2, de Denis Villeneuve
La suite tant attendue du chef-d’œuvre visuel de Denis Villeneuve ne déçoit pas, surtout que la partie 1 nous laissait un goût d’inachevé. Cette deuxième partie, l’épopée de Paul Atréides commence enfin.
Sur fond de scènes d’action spectaculaires, dans un univers fantastique, une nouvelle lutte entre civilisations éclate. Les réflexions autour de l’utilisation de la religion pour contrôler le peuple et l’exploitation des ressources écologiques en font quasiment un thriller politique. À ce titre, les trahisons et les meurtres pour obtenir le pouvoir aident grandement. Mais l’un des éléments marquants de ce film est son inspiration explicite de la culture arabo-musulmane et des croyances islamiques dans l’esthétique et l’intrigue. Bien que le réalisateur adopte un discours hostile sur la religion, il montre la richesse qu’offre l’islam pour inspirer un récit. Le réalisateur ose faire ce que des musulmans n’osent pas faire.
7. Challengers, de Luca Guadagnino
8. Pauvres Créatures, de Yorgos Lanthimos
Luca Guadagnino s’aventure sur le terrain du sport avec Challengers, un triangle amoureux dans l’univers du tennis professionnel. Avec Zendaya dans le rôle principal, le film explore les rivalités amoureuses et sportives avec une élégance caractéristique du cinéaste italien.
J’applaudis le réalisateur de n’avoir pas fait reposer cette intrigue sur le fait que l’héroïne soit une noire métisse. À ce titre, il l’humanise sans nier la dimension raciale, soulignée par quelques répliques incisives. Il fait de Zendaya une icône féministe. L’héroïne offre une démonstration impressionnante de pouvoir et de liberté. Alors, passionné ou non de tennis, on est emporté par le match sans merci que se livrent les deux amis pour conquérir la fille de leurs rêves.
Emma Stone et Yorgos Lanthimos font décidément bon ménage. Comme dans La Favorite, ce film, qui propose une réécriture de Frankenstein, offre une mise en scène baroque et une réflexion sur le féminisme.
L’intrigue est réussie : avec un jeu adroit d’ellipses et de sauts dans le temps, on reconstitue l’histoire de Bella, le fruit d’une expérience d’un médecin excentrique ayant implanté le cerveau d’un bébé mort-né à sa mère.
On accompagne alors Bella dans sa découverte de la vie, qui se résume bien vite à l’exploration de sa sexualité, perçue à travers un prisme patriarcal. En dépit de la promesse de féminisme, ce film illustre davantage le nouvel idéal féminin pour les hommes : toujours une princesse, pardon Girlboss belle, blanche, mince, aux longs cheveux, délicieusement naïve, qui multiplie les relations sans chercher d’attache. La seule différence réside dans le nouvel happy end à la mode : pas de mariage, mais une héroïne qui imite le rôle habituellement attribué au héros blanc, partagée entre sa maîtresse noire et son amant blanc. Ce film met en lumière les travers du discours féministe dominant actuel. Bien que le féminisme reste essentiel pour une femme noire musulmane.
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