Toi qui te dis être une « femme moderne », une « femme forte » ou encore une « femme indépendante » Tu ne l’as peut-être pas remarqué, mais l’idéal féminin de la société est encore et toujours la princesse. On ne le crie plus sur tous les toits à l’ère du féminisme, mais si tu jettes un coup d’œil autour de toi, tu verras qu’elles sont les principales héroïnes proposées aux petites filles. Et si tu t’autorises un second coup d’œil, tu verras qu’elles ont suivi l’évolution des femmes dans la société, notamment chez Disney. Derrière la Reine des Neiges, Mulan et leurs consorts, il n’y a pas qu’une histoire de marketing. Dans ces films, Disney nous dit ce que la femme actuelle se doit d’être. Les femmes du XXIè siècle ont subi la même transformation sous l’effet du discours féministe dominant. Cette transformation en femme forte et indépendante est entravée pour quatre raisons :
Miroir, miroir, Qui est la plus belle ?
Sans tomber dans la folie narcissique de la méchante belle-mère de Blanche-Neige, l’apparence occupe toujours une place centrale dans la vie d’une femme. Des décennies de combats pour lutter contre le statut de la femme-potiche n’y ont rien fait. L’achat compulsif de produits de beauté et de vêtements ainsi que la recherche constante de nouvelles techniques de maquillage sont des gouffres financiers et une perte de temps davantage pour nous, que pour nos aînées. Cette réalité montre bien qu’il n’y a pas une véritable évolution du rapport des femmes à la beauté, mais plutôt une évolution de la définition de la beauté. Les femmes pensent s’être libérée du culte de l’apparence, car elles ne sont plus seulement jolie. Mais surprise, désormais, pour être considérée comme une femme idéale il faut être « more than a pretty face » (plus qu’un joli visage) : inévitablement jolie mais aussi intelligente, audacieuse, ambitieuse, etc. La liste s’est allongée. Dans les princesses qui se battent, se rebellent et se décoiffent, il n’y a rien de moderne, juste une nouvelle manière de se soumettre au diktat de la beauté. De même l’attitude badass (hypersexualité et vulgarité) valorisée chez les Rihanna et Nicki Minaj sert le même objectif : plaire. Dans Beauté Fatale, l’essayiste Mona Chollet note à propos des héroïnes que dans les œuvres « il est frappant qu’un élément ne cède jamais : celui de la perfection physique. »
Un jour, mon prince viendra
« Le féminisme, c’est de ne pas compter sur le Prince Charmant. » Simple et efficace, tout le monde s’accorde sur la justesse de la phrase de Jules Renard. Et pourtant, ces mêmes femmes, qui acquiescent à cette idée, se retrouvent après quelques semaines de célibat à swiper nerveusement sur Tinder. Si c’est tout à fait normal de vouloir être en couple puisque cela contribue au bonheur, c’est au contraire malsain de faire du couple la seule source du bonheur. Mais le statut amoureux ne peut être qu’une question anxiogène pour les femmes. On remarque que le mariage et les enfants restent les critères à l’aune desquels la réussite sociale d’une femme est évaluée, contrairement aux hommes qui eux ne grandissent pas bercer par des romances. Entre nous, est-ce vraiment un Happy End s’il n’y a pas de prince à épouser à la fin ? Les héroïnes ne rêvent plus de prince, mais elles finissent presque toujours par le trouver par inadvertance.
En ce sens, la célébration de la working woman en particulier, et de la femme indépendante en générale, n’est pas fait dans une logique d’émancipation. Cette figure sert à se conformer aux nouveaux critères de séduction. D’autant plus que l’indépendance financière des femmes sert principalement à se faire belle pour séduire ces messieurs.
Ils vécurent heureux et eurent beaucoup d'enfants
Les femmes ont acquis beaucoup de droits et de libertés, ces dernières décennies. Il est donc attendu des femmes qu’elles se rendent dignes de ces acquis. Selon la philosophe Nina Power « Le mariage n’apparaît donc plus comme un moyen suffisant pour mettre fin aux problèmes d’une Cendrillon. Pour être heureuses, les femmes “doivent ‘tout avoir’, les bébés, le boulot, la réussite, le sexe. » En d’autres termes, il faut avoir la carrière brillante et la bague au doigt tout aussi brillante. Il faut « profiter » au maximum de sa jeunesse tout en ayant des enfants avant d’être « trop » vieille. Il faut être délurée sexuellement tout en évitant d’être une guimauve obsédée par les hommes. Il faut avoir un corps de rêve tout en n’étant pas obnubilé par son poids. Il faut, il faut… Il faut désormais avoir les qualités rattachées à la masculinité et conserver les attributs associés à la féminité. Ce pari n’est pas impossible pour les plus acharnées, mais est-ce vraiment ça la liberté ? L’objectif du féminisme était l’abolition de l’assignation sexuée des rôles. Les femmes devaient avoir la possibilité de suivre leurs aspirations profondes. Or aujourd’hui, elles ont surtout vu s’allonger la liste de leurs obligations. Et de surcroît, la liberté acquise dans la sphère professionnelle et sexuelle amène les femmes à craindre de ne jamais fonder un foyer. D’où la compensation en investissant encore plus sur leur physique. Le message féministe est dévoyé.
On se leurre sur le féminisme
Le féminisme n’est pas le problème. Le problème est le féminisme mainstream, qui est devenu un argument marketing pour vendre. L’émancipation de la femme est réduite à une apparence, une attitude, un ensemble d’accessoires. Elle est pourtant tout autre. Il est nécessaire pour cela de reprendre la main sur la définition de féminité, en écrivant de nouveaux récits.


