« Il y a deux choses que je n’ai jamais vu. Mon père et le soleil. »
Cet incipit résume le mieux Nos Jours brûlés, une saga de science-fiction, avec déjà deux tomes parus. Dans ces romans, nous suivons l’héroïne une double quête. Une quête pour sauver le monde et une quête identitaire, dans une Afrique dystopique. Alléchant, non ? D’autant plus que l’on sait que la dystopie permet de mettre en scène les problèmes de la société dans un futur catastrophique. Ce premier roman de Laura Nsafou perpétue la tradition.
Une quête identitaire
L’intrigue nous projette dans un futur fantastique où le soleil a disparu suite aux luttes intestines entre des « esprits divins ». L’équilibre est rompu entre le monde visible, celui des humains, et l’invisible, où djinns, hybrides et dragons se côtoient. Si la majorité de la population accepte cette situation qui cause pauvreté, maladie, insécurité et apparition d’une faune et une flore étrange, ce n’est pas le cas de tous. Diba, la mère d’Elikia, est au nombre de ceux qui gardent espoir de retrouver le soleil. Elle se lance donc à sa recherche, avec à ses côtés sa fille. Mais en parallèle de cette aventure épique, une histoire familiale douloureuse se raconte. Elikia et sa mère tentent de retrouver une cité mythique mentionnée dans les carnets de son grand-père, père absent. Avant leur départ, sa grand-mère reproche à la mère d’Elikia :
« En quoi cela est différent, Diba ? Tu laisses ta famille comme lui, tu pars pour… pour des histoires d’Esprit comme lui, tu quittes ton emploi, ta sécurité comme lui.. »
Ainsi, derrière la quête du soleil se profile pour l’héroïne la possibilité de comprendre son histoire, sortir de l’obscurité de l’ignorance. D’autant plus que les marques de naissance arborées par l’héroïne ne seraient pas étrangères à l’apparition de qu’on nomme la Grande Nuit.
Un univers plus vrai que nature
Malgré qu’on soit dans une dystopie magique, Nos Jours brûlés crée un univers bien réel. On y retrouve des pratiques et des croyances africaines, ainsi que la diversité des peuples des mondes africains. Les esprits et les exorcismes ne sont pas des mythes en Afrique, mais des réalités culturelles qui influencent les relations. Ainsi, chaque nouveau personnage ou nouvelle contrée est l’occasion d’une véritable découverte sensorielle. Il y a aussi des histoires d’amour et d’amitié avec leur lot de soucis. Pour compléter le cadre, des réflexions féministes, anti-racistes et écologiques articulent l’intrigue. Le récit permet de rappeler l’urgence climatique. Même s’il est peu probable de se retrouver avec des tomates bleus, la disparition de certains aliments et d’espèce d’animaux à force de surexploitation est criant d’actualité. Ce récit confirme les craintes de l’économiste Felwine pour le futur.
« Il était insouciant de croire que l’on pouvait évoluer dans le monde sans y laisser d’empreintes, et sans que la magie ait aucune incidence sur nos vies. »
Un roman riche, peut-être trop
On est en plein dans l’afro-futurisme, dans la lignée d’Octavia Butler. On regrette juste les répétitions, une cosmogonie de plus en plus compliquée dans le tome 2 et les réflexions internes de l’héroïne qui sonnent faux par moment. Il est même difficile de s’attacher à Elikia : est-ce le syndrome des enfants élus à la Harry Potter ? Peut-être, parce qu’elle n’arrête pas de se plaindre et de malmener ceux qui l’aident. Ses réactions sont difficiles à comprendre malgré une narration qui est pourtant dans une analyse excessive. On y retrouve cette tendance de plus en plus courante chez les auteurs de dicter au lecteur et à lectrice quoi penser. Heureusement, la bonne dose de combats et de magie, ainsi que des descriptions poétiques, rendent l’ensemble agréable à lire. Il y a quelque chose avec les histoires de magie qui les rendent addictives. C’est le cas d’un des romans de Maryse Condé, Tituba, sorcière de Salem.
Laura Nsafou, Nos Jours Brûlés, Albin Michel, tome I, 299 p.
Laura Nsafou, Nos Jours Brûlés, Albin Michel, tome II, 390 p.


