« Je suis accro au shopping. Mais quelle femme ne l’est pas ? C’est ce que semble dire la majorité des séries et des films destinés à la gente féminine. Quand on voit les Totally Spies, Serena dans Gossip Girl et Cher dans Clueless dévaliser les boutiques, cette compulsion sonne davantage comme un défaut mignon, qu’une maladie. Et c’est peut-être ça qui est problématique ? On nous enseigne les vertus du shopping dès nos premiers pas. Les rayons de vêtements pour petites filles sont d’ailleurs l’un des rares domaines où elles sont privilégiées sur les garçons. A raison parce que nous sommes jugées avant tout sur notre apparence.
Toutes les princesses sont belles
On a toutes lu ou vu les contes de fées. On a alors voulu être Cendrillon, Blanche-Neige et autres. Seulement pour l’être, pour être la bonne, celle que l’on aime, il faut être belle. Alors pour cela, les filles, puis les femmes ont à leur disposition tout un arsenal que la société met à leurs disposition pour tenter d’être la plus belle. On crée ce que la philosophe Mona Chollet nomme une culture féminine. Dans son essai Beauté Fatale, elle explique que la culture féminine est ce souci du petit détails. Cela passe par le fétichisme des accessoires et une sensibilité aux sensations et à l’esthétique.
Autrement dit, aux femmes le corps et les émotions, et aux hommes l’esprit et la raison. Cette répartition, est-elle naturelle ou créée par la société ? Ce n’est pas la question ici, surtout que le monde des sensations vaut bien celui de la raison. Ils se complètent et sont présents à la fois chez les hommes et les femmes.
Le prix à payer
Cependant, on vit dans une société patriarcale alors la culture féminine est dévalorisée, reléguée au rang de divertissement. Les femmes sont donc contraintes comme les hommes d’atténuer leur sensibilité et leur gout de l’esthétique pour être prises au sérieux, en particulier dans le monde du travail.
On vit aussi dans une société consumériste qui exacerbe notre goût pour le shopping. Est-ce un heureux hasard si la libération de la femme occidentale coïncide avec l’explosion du consumérisme ?, nous interroge Mona. Consommer ! Consommer ! Cette injonction est martelée partout. Il suffit d’ouvrir Instagram pour avoir envie d’aller à la plage, d’acheter un maillot une pièce dorée et un fauteuil en velours bordeaux. Regarder une série ou un film peut donner envie d’être une femme ambitieuse et d’avoir des bagues à tous ses doigts. Un panneau publicitaire aperçu dans le métro et une soudaine envie d’un sac en imprimé python débarque. Alors forcément, le rang des accros au shopping ne peut que grossir. D’autant plus que la magie du marketing réussit à nous persuader que tel rouge à lèvres ou telle jupe a le pouvoir de nous rendre plus heureuse. Cela semble peut crédible quand on le lit. Et pourtant quand Julia Robert vous dit que « La vie est belle » avec le parfum de L., votre inconscient acquiesce.
La publicité est largement aidé par les progrès technique. En un clic, depuis son lit, il est possible d’acheter et de recevoir son achat le lendemain. Comme si cela ne suffisait pas, les promotions sont de plus en courantes. On réussit donc la pirouette mentale de se convaincre qu’on économise de l’argent en n’en dépensant. Toutes les raisons sont bonnes pour acheter. Finalement, on achète parce qu’on le peut et même lorsqu’on n’en pas les moyens.
Vite acheté, vite jeté
La quantité ne va pas avec la qualité. C’est d’autant plus vrai avec la fast fashion. Mais même quand le produit est de qualité, il satisfait les premières secondes peut-être, puis il rejoint forcément la pile des autres affaires. Aucun parfum ne rend la vie plus belle. Aucune paire de baskets ne transforme en grand sportif. Non pas parce qu’ils sont de mauvaises qualité, mais parce qu’il s’agit d’un simple parfum et d’une simple paire de basket. Ils ne peuvent pas combler les besoins émotionnelles. Quoi qu’en dise les séries, faire du shopping n’a jamais réglé aucun problème. Il en crée plutôt quand il est excessif.
Le problème avec le shopping, en réalité, est qu’il a quitté la sphère de l’utilitaire. Il est devenu un plaisir, un caprice. On n’achète donc des vêtements plus que nécessaire. Elle conduit donc des femmes à dépenser au-delà de leur moyens, quitte à se ruiner. Elle conduit à polluer la planète. L’industrie textile est la deuxième plus polluante, juste après le pétrole. Utiliser Vinted n’y change rien. L’industrie de seconde de main ne suffit pas à réguler la quantité de vêtement parce que l’on produit trop. C’est d’autant plus triste qu’il existe pléthore de moyens de se faire plaisir ! Mais aussi qu’il est possible d’être belle, puisqu’il s’agit de cela avant tout, sans tomber dans le consumérisme actif. Le succès de la philosophie de Marie Kondo le prouve. Mais cette démarche revêt aussi un aspect religieux puisque l’islam invite à l’ascétisme. Quelle la meilleure manière de dépenser notre temps, notre argent et notre énergie ? Certainement pas sur les sites de Zara et H&M.
Tout ça pour dire qu’être accro shopping n’est pas anodin, mais que ça se soigne. Notamment en lisant des romans captivants comme Americanah de Chimamanda Ngozi Adichie.


