Elle est enfin arrivée ! L’adaptation sur écran du célèbre best-seller d’Elena Ferrante, lu par des dizaines de millions de personnes partout dans le monde. Ce gros succès en librairie raconte l’histoire d’une amitié compliquée entre deux filles, ayant grandi ensemble dans les quartiers pauvres de Naples. Alors l’adaptation de la saga en 4 tomes par Canal+ en série permet de mettre en images et en sons les rues bariolées arpentées par les héroïnes.
Une amitié toxique
La série s’ouvre avec une femme âgée, Lenu, qui décide d’écrire l’histoire de Lila, après une énième trahison de la part de son amie. C’est un bel ajout pour introduire la narratrice. On conserve ainsi, en voix off, les réflexions de Lenu qui commente l’action dans le roman. Après cette scène, on reprend le fil de l’intrigue. Tout commence sur les bancs de l’école primaire, où Elena, alias Lenu, et Lila deviennent meilleures amies. Une amitié complémentaire entre la petite brune colérique et la grande blonde timide. Mais très vite, on comprend que l’amitié entre Lila et Lenu repose sur une rivalité et une admiration entre les deux gamines. Lila est pour Lenu le modèle à atteindre. Dans un milieu où la pauvreté et la violence sont un lot quotidien, elle est captivée par la force de caractère de l’intrépide Lila.
Lila semble avoir un plaisir malsain à tout détruire, en particulier ce qu’elle aime. En dépit de cela, Lenu est bien décidée à la suivre dans ses aventures. Elle le sent, elle doit continuer à la suivre à la trace pour sortir de cette prison à ciel ouvert. La jalousie malsaine qui complexifie leur relation donne son rythme à l’intrigue. Cependant, son intérêt principal réside dans les intrigues secondaires, ainsi que les ambitions scolaires et les problèmes familiaux. Mais cette partie est éludée dans la série.
Une série trop fidèle aux livres
Les livres d’Elena Ferrante se lisent d’une traite. Bien qu’elle ait un style classique, la mystérieuse autrice maîtrise l’art du suspens. On lâche difficilement le livre avant la fin. Pour la série, il en est tout autre. La série est agréable, mais quand on nous annonce qu’il reste 10 secondes avant l’épisode suivant, nulle impatience. Ce n’est pas le genre de série que l’on binge watch. L’Amie Prodigieuse sur écran réussit à nous transmettre l’atmosphère napolitaine des livres avec des décors et des costumes dépaysants. Mais la série échoue à créer du suspens. Quand à la fin du second épisode, Lila répète plusieurs fois la même phrase avec un regard qui se veut profond : elle ne provoque aucune émotion. Alors que la même scène dans le livre nous transmet la déception et la colère de l’héroïne.
Il aurait peut-être mieux fallu adapter le texte de Ferrante en film ou s’éloigner davantage des livres. Les livres sont davantage dans la description que dans l’action. La lecture est donc émaillées d’images et de réflexions poétiques. Si c’est idéal pour un roman, les séries se prêtent mal aux récits contemplatifs. Bien sûr, la une voix off permet de retranscrire la poésie du texte. L’effet est malheureusement manqué. L’histoire semble alourdie, voire vieillie avec la bande sonore désuète. Ainsi, l’avantage qu’offre habituellement l’adaptation d’une œuvre littéraire à l’écran est manqué. L’histoire est plus dynamique et vivante en livre. Dans le même esprit, L’œil le plus bleu de Toni Morrison aussi traite de rivalité féminine.


