Gros coup de cœur pour Divas ! Le digne successeur du magazine Amina. La couverture alpague directement. Les magazines où l’on conseille autre chose que du rouge à lèvres rose et du fond de teint beige sablé pour faire un nude. La couverture annonce la couleur. On le sait, quand un magazine met des Noires en scène dans un cadre africanisant, il sera question de beauté noire. Cette mise en scène contribue à associer les cultures non blanches à l’exotisme. Mais dans ce cas de figure, la mise en scène est justifiée puisque ce numéro est dédié au fait d’assumer son africanité. Alors l’afro démésurée, la tunique en wax et le collier de cauris étaient indispensables et l’effet est vraiment réussi.
Divas, un magazine féminin pas comme les autres
Divas est un magazine féminin qui change. Non pas seulement parce qu’il est consacré aux femmes noires dans un paysage médiatique blanc. Mais parce que son contenu est vraiment original. Pas d’hypocrisie dans les pages de Divas. Les magazines féminins ont la fâcheuse tendance de nous ordonner de ne pas d’être le genre de femme à ne penser qu’au maquillage, au shopping et au régime. Et pourtant, ils remplissent, en même temps, quasi exclusivement leurs pages de mannequins filiformes, de recettes de régimes et de techniques de maquillage. Il y a rien de mal là-dedans, mais le message est contradictoire. Ces magazines nourrissent les nouveaux diktats sexistes : être belle, en ayant l’air de rien. C’est deux plus d’efforts et d’investissement.
Contrairement aux autres magazines, Divas laisse plus de place à des articles sociaux sur la situation des femmes en Afrique, que sur la mode et la beauté. Ici et là, on rencontre une styliste mise en avant, à cause de son utilisation détonante des couvertures basotho (tissu en laine imprimée sud-africain). Idem pour une décoratrice qui présente des intérieurs avec des oreillers en wax et des masques sculptés en bois, ainsi qu’une myriade d’artistes qui réemploient leur héritage africain. Même le couple Beyoncé et Jay-Z est analysé sous cet angle. L’approche est clairement militante, sans tomber dans le misérabilisme. Dans ce magazine, le continent n’est plus le lieu où règne la misère et la famine. On y découvre des Africaines qui se sauvent elle-même. Une approche en accord avec les principes de l’afro-féminisme.
Un magazine pour les femmes noires
La promesse de la rédactrice en chef est donc tenue. Elle parle de s’affirmer pleinement, avec « zéro complexe » en tant que femme noire et c’est réellement ce que l’on ressent à la lecture du magazine. De pages en pages, on se sent envahit par une fierté qui donne envie d’être plus noir que noir. Le même genre de fierté qu’on a quand on regarde Black Panther. Les différentes rubriques se penchent sur les différentes préoccupations féminines : du soin pour la peau aux coiffeuses afro, d’un nouveau restaurant caribéen aux expositions du moment, en passant par les conseils de livres, films et musique. Enfin, au lieu de mettre à l’honneur uniquement les personnalités célèbres pour leur physique, Divas propose une galerie de personnalités qui luttent pour les droits des femmes sur différents fronts. Macdella Cooper, Jaha Dukureh, Denis Mukwege et bien d’autres, sont autant de nouveaux visages mis à l’honneur. L’équilibre entre politique et divertissement est idéal.
En attendant le prochain numéro, le parcours de Maya Angelou, qui aurait pu figurer dans ces pages, est à découvrir.


