Le sang de ma mère : Chapitre 17

Le sang de ma mère : Chapitre 17

—Je suis désolée Halimata, mais je ne veux plus qu’il revienne ici.

Madame Nesraki réfléchit un instant à ajouter quelque chose. Un mot, une phrase gentille. N’importe quoi pour rendre l’atmosphère moins lourde. Nadia et moi, qui observions la scène depuis la porte entrebâillée du salon, n’osions plus respirer. Le moindre mouvement pouvait précipiter nos mères dans des abîmes inconnus.

—J’espère que tu comprends. Je prends juste des précautions.

Quand Maman répéta l’histoire à Papa et Patouné Radji, elle fit à Madame Nesraki une voix pleine de mépris. Elle ajouta des expressions et des tchips qui n’appartenait pas qu’à elle. Madame Nesraki insista sur le fait qu’elle n’accusait personne. Depuis un moment, des objets disparaissaient. Sa boîte à bijoux se vidaient. Même les enfants se plaignaient d’objets disparus. Elle savait que Maman et moi n’avions rien à voir avec tout ça. Elle nous faisait confiance. Mais Patouné Radji… Elle ne le connaissait pas et les vols, elle n’avait utilisé le mot vol qu’après avoir mentionné Patouné Radji, ont commencé depuis sa venue. Elle ne savait pas qui était lui le voleur, alors elle ne voulait plus d’étrangers chez elle.

Maman s’énerva. C’était la première fois qu’elle s’énervait contre Madame Nesraki. Le visage de Maman avait la transparence du ciel. Dans ses moments de joies, son regard se fendait en une lune blanche aussi large que son sourire et sa peau se tendaient assez pour faire rire ses fossettes. Dans ses moments de tristesse et de frayeur, son visage s’amollissait et son éclat se voilait. Maman souhaitait disparaître. La colère au contraire, la mettait à nu. Elle se dépouillait de tout l’amour et de la souffrance. Il ne restait que l’éclat sincère de ses yeux et ses pommettes tranchantes. Il ne restait plus que le désir de détruire. Plusieurs fois, j’ai vu cette colère donnait vie à Maman. Le jour où Madame Nesraki affirma que c’était dangereux d’attacher Samy dans son dos. Le jour où elle lui demanda de nettoyer de nouveau les vitres parce qu’il restait des traces. À chaque fois, Maman rejeta sa colère au loin d’un souffle. Ses mains conservaient seulement un léger tremblement.

Lorsque Madame Nesraki commença à parler de disparitions suspectes chez elle, Maman se laissa envahir par sa colère. Elle répondit sur un ton sec : Y’a pas de voleur chez moi. À toutes les explications de Madame Nesraki, Maman répondit toujours cette même phrase. Son ton devenait de plus en plus brutal. Il disait toutes ces pensées qu’elle ne savait pas exprimer en français. Elle tenta d’expliquer à Madame Nesraki, que nous venions d’une famille respectée, que nous étions des bons musulmans et que jamais de nos vies on n’aurait volé. Mais sa langue trébucha sur les mots qui lui manquaient. À chaque affirmation de ma mère, je me sentais défaillir. Je craignais qu’elles comprennent soudain qu’il s’agissait de moi et non pas de Patouné. Je souhaitai faire disparaître le rouge à lèvres caché dans ma poche. Je l’y avais glissé pendant le bain de Nadia. C’était toujours le moment idéal pour prendre des trucs qui traînent. J’avais au début pris des babioles sans intérêts. Des feutres, des petites poupées, des pièces de monnaie… Puis j’ai commencé à prendre aussi des bijoux, des bibelots… Tout ce qui m’attendait sur le buffet. 

De retour à la maison, Maman jura de ne plus jamais remettre les pieds là-bas. Pour qui elle la prenait. La traiter de voleuse. Plus jamais. Elle n’aurait qu’à trouver quelqu’un d’autre pour supporter ses enfants horribles et laver sa maison crasseuse !

Arrête de crier pour rien ! Elle t’a pas traité de voleuse. Radji n’ira plus avec toi et c’est tout.

Papa n’aimait pas le travail de Maman. À cette époque peu nombreuses étaient les femmes de chez nous, à travailler en France. Papa se sentait trahit, d’une manière qu’il n’aurait pas su nommer. Il aurait voulu que Maman pleure à jamais sa stérilité. Il aurait souhaité qu’elle remue l’univers pour trouver une solution à son mal. Au lieu de cela, elle en prenait son parti sans regrets. Ce temps libre, ce vide laissait par ses enfants jamais né, elle l’occupait à garder d’autres enfants. Il se sentait trahit, abandonné seul à sa peine. Il ne lui interdit toutefois pas de travailler. Quand Maman lui parlait de son travail, il changeait de sujet ou il ne répondait pas. Il ne posait aucune question. Il ne voulait pas savoir. Et c’est justement ce silence qui disait le mieux sa rancune. Il en disait même plus.

Maman observa Papa, surprise de son intervention. Jusque-là, il ne semblait pas s’intéresser à la discussion. Alors que les gémissements de Patouné Radji ponctuaient chaque phrase de Maman, Papa avait continué à manger tranquillement. Elle bégaya presque :

Oui… Oui, elle ne m’a pas traité de voleuse moi, mais Radji…

Quand elle verra que les vols continuent même après que Radji ait cessé de venir, elle verra bien que ce n’est pas lui. Elle a juste des soupçons.

Et ses soupçons sont insultants ! Intervint Patouné Radji.

Pfff. Insultant ou pas, c’est pas toi qui va lui donner de l’argent si elle est virée. C’est un travail tranquille, où tu peux garder la petite et t’occuper de la maison. Tu ne vas pas tout gâcher. Non t’iras et Radji, ne mettra plus les pieds là-bas.

Il cria en parlant. Papa était en colère. Il n’aimait pas que Patouné Radji passe ses après-midi aux côtés de sa femme. Papa était jaloux. Pourtant, à ce moment-là, il n’y avait encore rien entre Patouné Radji et Maman. Tout commença après, quand Patouné Radji continua à venir cachette chez Madame Nesraki.

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Amy

Écrivaine et Conceptrice de La Femme en Papier

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