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Les charmes de l’Americanah

Americanah est le dernier roman de la romancière à succès Chimamanda Ngozi Adichie. Il s’agit de l’histoire des aléas amoureux de la jeune Ifemulu. Elle a quitté le Nigéria pour poursuivre ses études universitaires dans un cadre plus serein, sous le ciel et drapeau étoilé des États-Unis. Avec la sécurité et la chaleur familière de son pays natal, Ifemelu dit aussi adieu à ses parents, à ses amis et surtout à son premier amour, Obinze. Dans un entrecroisement éloquent, le narrateur raconte de manière simultanée le départ d’Ifemelu pour les États-Unis et son retour treize ans plus tard au Nigéria. Moi qui commence toujours mes livres en allant lire la fin, j’aime cette manière de découvrir à la fois ses amours naissants tout en sachant comment ils finissent. Mais bien sûre, le suspens demeure (pas pour moi qui aie déjà lu la fin, mais pour les lecteurs plus patients), puisque la trame principale est le retour d’Ifemelu au Nigéria. Elle a quitté son petit-copain américain Blaine, en espérant secrètement retrouver Obinze, qui est pour sa part marié et devenu riche. Vont-ils se remettre ensemble et qu’a fait Ifemelu pendant ces treize années ? Ce sont les questions qui se posent à l’endroit du récit où je suis, sachant que je n’ai lu que la moitié. Je ne t’en dirais donc pas plus.

Le livre en lui-même, se laisse lire assez facilement. Il est agréable, d’une écriture franche, sans fioritures, où le talent de Chimamanda parle de lui-même. Les descriptions des personnages, des paysages, des émotions, mais aussi l’enchaînement des dialogues et des scènes d’une période à l’autre est manié d’une main de maître, entre ironie et sérieux. De plus, Americanah est le récit d’une immigration. Il brasse donc différents sujets autour de cette question : la situation des immigrés nigérians, les tentatives d’intégration aux États-Unis, le mal du pays, les représentations occidentales de l’Afrique, les représentations d’Africains sur l’Occident, les relations familiales et amoureuses au Nigéria. Dans une certaine mesure, je me reconnais parfois dans certaine situation vécue par l’héroïne. Mais surtout cette réalité qu’elle décrit m’apparaît comme familière : le salon de coiffure où la coiffeuse déjeune au-dessus de ma tête, les affres d’un big chop, la pommade mentholée pour soigner le corps et l’esprit, les remarques sur l’Afrique des Blancs, les préjugés entre pays d’Afrique… C’est afin de trouver cette familiarité que je compte m’attaquer à la bibliographie complète de Chimamanda. Bien sûr, la projection à ses limites, et Ameriacanah est surtout une occasion de découvrir un univers étranger et presque inconnu pour moi : le Nigéria. Le Nigéria depuis le point de vu d’une jeune igbo issu d’une famille modeste et éduquée, mais le Nigéria quand même. J’ai lu et je continue donc à le lire avec une certaine avidité, emporté par les nombreux rebondissements de l’intrigue. Par contre, là où j’accroche moins c’est au niveau des relations amoureuses d’Ifemelu. Elles sont, surtout celle avec Obinze, beaucoup trop lisses et intellectualisées à mon sens. Ce sont peut-être mes prétentions d’écrivaine qui me donne envie de réécrire différemment la trame amoureuse de ces histoires, mais je ne suis pas convaincue. Les récits des hauts et des bas de ses relations me laissent insensible. Je m’intéresse pour l’instant davantage, à l’histoire en arrière-plan de sa Tante Uju, de son employeuse et sa découverte des États-Unis.

Comme je te l’avais dit, cette lecture se révèle rafraîchissante, assez reposante après L’oeil le plus bleu de Toni Morrison. En lisant ce livre, j’ai le sentiment de regarder une comédie romantique : j’aime, sans en être vraiment satisfaite. J’ai d’ailleurs entendu dire que l’actrice Lupita Nyong’o a acheté les droits du livre pour l’adapter sur écran. Affaire à suivre donc !

 

 

 

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